Le responsable de la communauté juive de Tunisie parle des craintes liées à la sécurité

Posté par Webmastrice, 24 mai 2011

Le responsable de la communauté juive de Tunisie explique comment cette religion minoritaire dans le pays estime encore faire partie intégrante de la société nationale.

Interview par Monia Ghanmi pour Magharebia à Tunis – 24/05/11

Avec l'annulation des célébrations et la forte réduction du pèlerinage annuel à Djerba, nombreux sont ceux qui s'interrogent sur le futur de la communauté juive de Tunisie, certes petite, mais ancienne. Les préoccupations sécuritaires entourant les récents évènements en Tunisie et dans la Libye voisine ont conduit les autorités à annuler les célébrations religieuses de cette année, pour la première fois depuis vingt ans.

Pour tenter d'expliquer les conséquences éventuelles d'une telle décision, Magharebia a rencontré Perez Trabelsi, le président de la synagogue de Ghriba et responsable de la communauté juive de Tunisie.

M agharebia : Comment jugez-vous la décision prise par le gouvernement d'annuler les célébrations religieuses annuelles ?

Perez Trabelsi : Nous la jugeons avec un esprit ouvert, avec respect et compréhension, parce qu'il s'agit d'une bonne décision et d'une bonne garantie, dans la mesure où la situation sécuritaire fragile dans la région, notamment dans le sud de la Tunisie, et les problèmes sociaux que connaît le pays, sont des conditions qui ne permettent honnêtement pas d'organiser ce rassemblement juif et des célébrations de chants et de rites religieux en cette période cruciale que traverse la Tunisie.

J'estime également que cette décision vient de la volonté des autorités tunisiennes de vouloir éviter tout risque et problème susceptible de survenir et de détériorer l'image de la Tunisie comme étant un pays ouvert aux cultures et aux religions et un exemple de coexistence pacifique et de coopération culturelle entre toutes les religions.

Magharebia : Pensez-vous que cette annulation aura à l'avenir un effet négatif sur le nombre de touristes et de fidèles ?

Trabelsi : Elle pourrait avoir une incidence relative pendant une ou deux saisons, mas je pense que la synagogue de Ghriba retrouvera sa place de véritable Mecque pour des milliers de Juifs dès que possible, en particulier si la sécurité et la situation politique se stabilisent dans le pays.

Il est vrai qu'après 2002, date de l'attentat terroriste qui avait ravagé la synagogue, le nombre d'arrivées avait considérablement diminué, et que cette baisse s'était ressentie durant les quatre années suivantes, mais la décision d'annuler les célébrations de cette année, bien qu'elle soit également liée à des considérations sécuritaires, n'est pas équivalente. En réalité, elle montre que la Tunisie cherche à préserver les acquis des Juifs de Tunisie et à protéger leurs intérêts.

Magharebia : Après la mort d'Oussama ben Laden, craignez-vous une répétition de l'attentat suicide d'al-Qaida en 2002 qui avait visé la synagogue ?

Trabelsi : Non. Cet attentat ne se répétera pas. Il est fort improbable, parce que depuis 2002, la Tunisie est devenue extrêmement vigilante et ne peut laisser se reproduire de tels évènements sur son territoire visant ses ressortissants et ses visiteurs. La région est sécurisée et sera surveillée pendant un certain temps, des entrées sur l'île de Djerba à la proximité de la synagogue de Ghriba, que nous considérons comme l'un des endroits les plus sûrs en Tunisie.

Magharebia : Comment la communauté juive a-t-elle vécu la révolution tunisienne, et comment voit-elle son avenir en Tunisie ?

Trabelsi : Nous y avons pris part, comme le reste du pays, et nous sommes heureux du changement. Parce que nous sommes des citoyens tunisiens, et partageons notre destin avec le reste des habitants de ce pays, auquel nous sommes fiers d'appartenir. La révolution tunisienne ne changera rien au statut des Juifs tunisiens, parce qu'ils vivent dans le respect et la compréhension des autres segments de la société tunisienne qui diffèrent de nous par la religion, et parce qu'ils sont intégrés dans la société dans la vie quotidienne, sans aucun problème ni aucune difficulté d'interaction.

Nous n'envisageons donc nullement de partir, et aucun Juif tunisien n'envisage d'abandonner son pays, en dépit de l'invitation faite par Israël d'y émigrer, tout simplement parce que nous vivons en paix et en harmonie avec le reste de la Tunisie. Nous ne quitterons pas notre pays, notre lieu de naissance, quoi qu'il arrive, parce que nous en faisons partie intégrante.

Source : http://www.magharebia.com

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